L'Etoile du désert_Partie 1

Publié le par Sélène Alys

Un soleil de plomb, des dunes à perte de vue… Peu d’eau, presque plus de nourriture… Bientôt plus d’essence…
Et l’espoir.
Les murailles de pierre et de sable tassé de l’Étoile du Désert, seule et unique étape possible pour tous ceux qui, comme eux, entreprenaient la traversée de cette interminable étendue désertique. Il secoua Mike, assoupi à ses côtés, pour lui montrer la ville. Le jeune homme ouvrit un œil épuisé pour contempler le morne spectacle. Et il se rendormit.
Dan poussa un soupir. Il le savait, pourtant. Emmener Mike dans la traversée du désert alors qu’il voyageait pour la première fois était une mauvaise idée. Mais le jeune homme avait tellement insisté… Comment aurait-il pu lui refuser ça ?
Il reporta son regard vers l’Étoile. Il se demandait encore ce qui l’avait poussé à venir jusqu’ici. Cette ville avait disparu de son cœur depuis dix ans. Il aurait aimé pouvoir achever la traversée sans y faire halte.
Peine perdue.
Il croisa les doigts pour que le buggy ait encore assez d’essence pour les mener jusqu’à la sécurité des remparts.
C’est alors qu’il vit les portes glisser sur le sable, ouvrir le passage à une demi-douzaine de buggys, et se refermer en silence. Il hésita lorsqu’il les vit foncer sur eux. Il ne pouvait pas faire demi-tour. Il ne pourrait pas leur échapper. Pas avec un buggy sans essence.
Alors il réajusta son foulard autour de son visage et attendit. Il secoua doucement Mike.
Il en était encore à s’étirer quand les buggys formèrent un arc de cercle pour stopper leur avancée. Sur la carrosserie des véhicules s’étalait l’étoile rouge, symbole de la ville.
L’un d’entre eux se mit à portée de voix et un de ses occupants déclara :
– Partez. Vous n’êtes pas les bienvenus ici.
Mike lança un regard en coin à Dan. Dans ce genre de situation, il valait mieux laisser faire son ami.
– Nous sommes à cour d’eau et de nourriture, expliqua celui-ci. L’essence commence aussi à manquer. Nous ne pouvons ni faire demi-tour ni continuer notre route. Le désert nous tuerait.
Celui qui avait parlé resta un moment immobile, bras croisés, à réfléchir. Il s’était abstenu de répondre qu’il s’agissait là d’un risque que tous les voyageurs prenaient, qu’ils n’étaient ni les premiers, ni les derniers à se trouver au bord de la catastrophe.
Dan remarqua l’étoile aux nombreuses branches sur son épaule. L’insigne des plus hauts gradés de l’Étoile. Que faisait-il ici, à repousser les voyageurs, alors qu’il y avait tant à faire à l’intérieur pour quelqu’un de son rang ?
Un doigt se tendit en direction de Mike.
– Vous, vous pouvez entrer et prendre ce dont vous avez besoin. Vous, vous restez hors de la ville, termina-t-il en désignant Dan.
– Pourquoi ne peut-il pas venir ? demanda Mike avant que Dan ne puisse l’en empêcher.
L’inconnu fit signe au conducteur de son buggy d’avancer encore. Lorsqu’ils furent assez près pour ne plus avoir à élever la voix, le haut gradé retira tranquillement le foulard qui protégeait son visage du sable et du soleil.
Dan retint un hoquet de surprise. Il s’agissaitd’une femme. Une femme qui aurait certainement été belle, sans la balafre rectiligne qui trouvait naissance au coin de son œil pour courir jusque dans son cuir chevelu, laissant un sillon blanc sur son passage.
Elle désigna sa cicatrice :
– C’est à toi que je dois cette blessure, murmura-t-elle, et Mike dut tendre l’oreille pour l’entendre.
Dan aurait dû s’en douter. Il n’avait pas été assez rapide pour masquer son visage. C’était donc pour cette raison qu’il ne pouvait entrer dans la ville.
Mais comment aurait-il pu imaginer tomber directement sur elle ?
– Je m’en souviens, répondit-il à mi-voix. Je m’en souviens très bien…
Et c’était vrai. Ce souvenir l’avait poursuivi si longtemps…
– Alors tu comprendras que si tu t‘approches des portes de la ville, je donnerais l’ordre à mes hommes de s’occuper de toi.
Dan savait parfaitement tout ce que pouvait impliquer cette simple menace.
– Je comprends, affirma-t-il.
Et c’était vrai.
La femme lui lança un sourire carnassier et fit signe à son pilote et à ses hommes de faire demi-tour.
Dan la regarda remettre son foulard en place pendant qu’elle s’éloignait.

La nuit était si proche que Dan et Mike durent établir un campement de fortune à l’extérieur de la ville. Mike avait eu le bon sens de ne pas poser de questions à son ami. Depuis le départ de la femme, ce dernier n’avait ouvert la bouche que pour donner des instructions ou des conseils utiles. Il n’avait pas une seule fois fait allusion à ce qu’ils devaient faire.
– Il doit bien y avoir une oasis par ici, tenta Mike. On pourrait éviter de passer par l’Étoile…
– Il n’y en a pas. Tu dois entrer dans la ville.
– Ils ne sont pas très accueillants. J’ai peur qu’ils refusent de me vendre ce qu’il nous faut.
– Ils ne refuseront pas. La ville a un devoir envers les voyageurs. Ça fait partie des accords avec les villes extérieures au désert. Refuser de nous servir risquerait de lui attirer des ennuis.
– Alors pourquoi ont-ils voulu nous faire faire demi-tour ?
Dan alluma un feu avec les dernières réserves de bois sans répondre.
Ce n’est pas toi qu’ils voulaient faire partir, pensa-t-il.
Il s’assit, laissa promener sa main dans le sable tout en observant les remparts de l’Étoile à la lueur de la nuit. En aplomb de la ville luisait l’étoile qui guidait les voyageurs et qui lui avait donné son nom. Une étoile qui ne changeait jamais de place, peu importait l’époque de l’année.
La bataille était arrivée jusqu’ici. À l’endroit où ils mangeaient leurs dernières réserves de nourriture, des hommes étaient morts. Qu’y avait-il sous cette couche de sable ? Quels souvenirs honteux y étaient enterrés ?
Combien de temps encore cette terrible nuit le hanterait ?
Une ombre passa à côté de lui et s’assit près du feu. Vêtue d’une cape couleur nuit, l’arrivant tendit les mains vers les flammes pour les réchauffer.
– Que fais-tu ici ? demanda Dan en faisant signe à Mike de se détendre. Ce n’est pas un endroit pour le commandant de la garde de l’Étoile.
La silhouette rabaissa son capuchon. La femme au visage balafré planta son regard dans le sien :
– Ce serait plutôt à moi de te poser cette question. Tu n’as plus rien à faire à l’Étoile. Pourquoi es-tu revenu ?
Dan poussa un soupir. Allait-il avouer que lui-même l’ignorait ?
– Ce n’est pas moi qui t’ai blessée, dit-il. Tu le sais.
– C’est à cause de toi. Pour moi, c’est la même chose.
Elle ramena ses mains sous sa cape et leva les yeux vers les étoiles. À l’horizon, l’ombre noire de nuages que l’on ne voyait qu’une fois l’an assombrissait les cieux.
– Tu prends un risque en venant ici, reprit Dan. Si on te voit en ma compagnie, tu risques de perdre ta place.
– Je risque de la perdre chaque jour. Tout a changé depuis la Grande Insurrection, tu sais. La ville vit dans le chaos. Les intrigues y sont constantes. Les corruptions, les meurtres… Le gouverneur change souvent. À cette heure-ci, je ne suis plus certaine de travailler pour le même homme que ce matin. J’arrive à m’en sortir en ne prenant jamais parti. Je suis fidèle à ma ville et à ma mission. Peu m’importe qui me commande. Alors, tu vois… Que je sois vue en ta compagnie ne m’inquiète pas vraiment.
Elle ramena ses jambes sous elle en contemplant les flammes de plus en plus hautes.
– Il faut que je rentre, marmonna-t-elle pour elle-même. Part, Dan. Part le plus vite possible. Je ne veux pas vivre ça deux fois.
Elle voulut se lever, mais Dan l’attira à elle et l’embrassa. Un mélange de douceur et d’exigence… deux choses auxquelles il ne pouvait prétendre. Lorsqu’ils se séparèrent, il crut voir des larmes dans ses yeux…

 

La suite samedi prochain ^^

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Commenter cet article

Sélène 24/08/2012 13:31

Ce sera à toi de me le dire ;)

Nathalie 23/08/2012 20:09

Mmm... un sombre passé et de l'amuuur ^^. J'aime ! J'espère que Dan sera aussi "Miam-miam" que Dylan.