L'Etoile du désert_Partie 2

Publié le par Sélène Alys

Pourquoi dois-je faire ça ?
Arpentant les ruelles du marché de l’Étoile, Mike ruminait ses rancœurs contre Dan.
Vas-y et renseigne-toi. Vois si Mirna a menti. Vois si la ville est vraiment corrompue, avait dit Dan, sans autres explications.
La première chose qui l’avait frappé quand on l’avait laissé entrer, c’était le nombre de gens en uniforme. Il se faisait tout petit devant eux, de peur de se faire éjecter de la ville malgré ce qu’avait dit cette Mirna.
À première vue, malgré les gardes, la ville paraissait prospère. Mais à y regarder de plus près, Mike vit les stigmates d’une ville pas encore tout à fait remise d’une catastrophe. Des marques de balle dans les murs, des maisons délabrées… et surtout le regard vide, apeuré ou attristé des gens qu’ils croisaient. Trop d’enfants se déplaçaient seuls dans la foule, trop de gens au membre manquant.
Que s’était-il passé ? Pourquoi en dépit de toute son activité, cette ville paraissait-elle morte ?
Dans la foule, il repéra Mirna. La cape qui entourait ses épaules et se balancait dans son dos lui conférait une aura particulière… Elle la rendait plus imposante. Plus impressionnante.
Il détourna la tête de peur qu’elle le reconnaisse. Qui pouvait savoir comment elle réagirait en le voyant ?
Une femme éclata de rire à  ses côtés.
– N’ayez pas peur, dit-elle. Elle a l’air effrayant comme ça, mais c’est une véritable héroïne. Sans elle, la ville n’existerait plus.
Quand la femme disparut dans la foule, un homme s’approcha de lui et affirma :
– Ne l’écoutez pas. Mirna a un cœur de pierre. Sans elle, la ville tournerait beaucoup mieux.
Un cœur de pierre ? Mike repensa à son visage lorsque Dan l’avait embrassée. Une femme insensible pourrait-elle avoir une telle expression ?
– Vous voyez sa cicatrice ? enchaîna l’homme. Personne ne sait comment elle l’a eu. Certains disent qu’elle s’est retrouvée dans une fusillade il y a dix ans. Pendant la Grande Insurrection.
L’homme se tut subitement et s’éloigna à grande enjambée. Mike comprit rapidement pourquoi.
Mirna fendait la foule pour le rejoindre. Deux gardes l’accompagnaient.
– Je croyais avoir fait comprendre que vous n’étiez pas le bienvenu ici.
– Mais vous avez dit que je pouvais venir chercher ce dont nous avons besoin.
Il leva ses sacs à peine remplis pour prouver sa bonne foi.
– Dépêchez-vous. Je pensais qu’il était clair que vous ne deviez pas rester ici plus longtemps que nécessaire.
Elle fit signe à ses hommes de l’encadrer.
– Ils vont vous tenir compagnie.Ca vous évitera de perdre du temps inutilement.

– Elle est vraiment bizarre, cette femme, s’écria Mike quand il rejoignit Dan. Elle dit qu’on peut se servir, et elle me fait courir pour tout prendre !
Dan rabattit sa manche sur son bras. Ça aussi, c’était un mystère pour Mike. L’avant-bras de Dan était couvert de cicatrices parallèles, et il avait toujours refusé de lui dire comme il s’était fait ces blessures si particulières.
– Ne te méprends pas, répondit Dan. Elle n’est pas notre alliée. Au contraire. Elle me tuerait volontiers.
– Mais hier…
– Elle n’a pas envie de me voir débarquer dans la ville. Elle ne veut pas d’une seconde Insurrection.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’Insurrection ? s’écria Mike en laissant tomber ses sacs dans le sable. J’en ai entendu parler dans la ville, et hier soir elle aussi… Je n’ai jamais entendu parler d’une insurrection dans l’Étoile du Désert !
– Parce que la ville est très fermée. As-tu le souvenir d’avoir entendu une fois parler du gouverneur de la ville ? Ou d’un événement qui y aurait eu lieu ? Non. Rien ne sort de la ville. Pas même ses habitants.

– Ils s’en vont, annonça un garde à Mirna.
– Enfin !
Elle prit les jumelles des mains du garde et regarda le buggy s’éloigner. Il était parti. Il ne reviendrait plus, maintenant. Plus jamais. Il oublierait la ville. Il oublierait Mirna. Et elle l’oublierait. Après dix ans, elle arriverait enfin à l’oublier. Peut-être…

Seul le doux murmure des voix dans l’Étoile et parfois le bruit d’un buggy qui faisait sa ronde troublait habituellement le silence des nuits du désert. Cette nuit-là, pourtant, un autre son dérangea cette tranquillité. Un son léger, semblable à un grattement. Un son persistant.
Le sable se souleva lentement. Une main gantée en émergea, puis une autre.
Dan s’extirpa de son trou avec douceur. Il s’épousseta rapidement et s’approcha de l’Étoile.
Persuader Mike de partir seul avait été difficile. Surtout sans lui donner la moindre explication…
Mais Mike savait qu’il ne pourrait pas décider Dan à s’en aller. Trop de souvenirs le liaient à cette ville. Trop de regrets. Trop de remords. Dan voulait voir si, comme l’avait laissé entendre Mirna, ses actes avaient vraiment été vains. Avait-il réellement gâché la vie de ses amis, et la sienne, pour que l’Étoile du Désert reste la ville corrompue qu’il avait connu ? Il ne pouvait se résoudre à le croire. Il ne voulait s’y résoudre.
Entrer dans la ville fut pour lui d’une facilité déconcertante. Ancien garde, il connaissait chaque sortie dérobée dans les murailles. Mirna ne prenait même pas la peine de les faire garder.
C’était par cette même porte qu’il avait quitté la ville en catastrophe. C’était sur ces mêmes murs qu’il s’était appuyé, le bras en sang, pour reprendre son souffle. Peut-être Mirna en ignorait-elle encore l’existence. Il avait pris soin de brûler toutes les cartes qu’il avait faites de ces lieux cachés.
Il fit glisser délicatement la statue qui en masquait l’ouverture. Sa légèreté l’avait surpris plus d’une fois. Elle semblait pourtant avoir été taillée dans un bloc de granit.
Il la remit en place, s’épousseta une nouvelle fois, et partit dans les rues de l’Étoile du Désert.

Accroupit devant une statue en apparence faite de granit, Mirna inspectait le sol. Du sable… Il n’y avait jamais eu de sable à cet endroit. Il était impossible qu’il soit arrivé là par la voie des airs. Il ne pouvait qu’avoir été rapporté par quelqu’un…
Pourquoi pensait-elle de suite à Dan ? N’était-elle pas censée l’oublier ? Il était parti. Elle avait vu le buggy s’éloigner…
Bon sang ! Elle aurait dû insister pour assister à leur départ ! Juste pour être sûre…

Que de souvenirs pour lui… Pourquoi étaient-ils tous si tristes ?
Le palais du gouverneur dominait la ville de toute sa hauteur. Il y avait passé une grande partie de sa vie. C’était là qu’il avait rencontré Mirna pour la première fois. La fille du gouverneur de l’époque…
C’était aussi là que la Grande Insurrection avait commencée.
Il se souvenait encore du cri de terreur qu’avait poussée la belle Mirna lorsqu’elle l’avait vue cette nuit-là. Personne n’aurait dû le voir. Il aurait dû remplir sa mission proprement. La seule chose qu’il avait pu faire à l’époque, c’était la forcer à se taire en la menaçant. Pas étonnant qu’elle le haïsse tant désormais…
Il retira un gant et laissa sa main promener contre le mur le plus proche. Ce mélange de roche du désert et de sable était unique. Il ne l’avait retrouvé dans aucune des nombreuses villes qu’il avait visitées depuis. Son doigt heurta un trou. Il reprit son souffle avant de regarder de quoi il s’agissait.
Une rafale. Les cavités devaient dater de l’Insurrection. Il était impossible de réparer ce type de mur. Pour le rendre de nouveau lisse, il fallait le détruire et le reconstruire. Le palais avait dû être entièrement refait…
Il retira sa main du mur, de crainte de trouver d’autres stigmates de l’Insurrection. Ce n’était pas cela qu’il cherchait. Ce qu’il cherchait, c’était une preuve que ses actes avaient été utiles. Que la vie ici avait changée. Qu’elle s’était améliorée.
Peut-être aussi voulait-il voir Mirna une dernière fois. Mais cela, il n’arriverait jamais à se l’avouer.

Il était là. Elle le voyait. Ce ne pouvait être que lui. À cette heure-ci, il n’y avait que des gardes dans les rues. Et aucun d’entre eux ne pouvait porter une cape couleur sable comme l’homme qui avançait devant elle. Une cape identique à celle qu’elle portait elle-même.
À l’endroit même où elle avait reçu la balle.
Elle en avait cauchemardé tant de fois. Des cauchemars si réalistes qu’elle avait longtemps eu peur de s’endormir et de revivre ça.
Elle l’avait vécu des dizaines de fois. Elle découpait ses liens en utilisant un couteau d’ornement provenant du mur de la chambre où elle était séquestrée. Elle avait retiré son bâillon et s’était mise à courir…
Mais il était déjà trop tard. Même de l’intérieur du palais, elle entendait les bruits des combats à l’extérieur. Les armes qui tiraient, les gens qui criaient, les combattants qui s’écroulaient… Elle avait vu les flammes monter de certaines maisons. Elle avait vu les habitants innocents de la ville se réfugier dans l’endroit qu’ils croyaient le plus sûr de tous : le palais.
Comme ils se trompaient. Il y avait un traître dans le palais. Il fallait le trouver.
Il n’y avait déjà plus de gardes dans la place. Tous étaient déjà dans la ville à essayer de mater l’insurrection. Elle avait dû se décider à agir seule.
Elle tenait toujours le couteau qui l’avait aidée à se libérer. Ce n’était pas grand-chose, mais elle n’avait pas voulu perdre de temps à chercher mieux.
Elle aurait dû.
Sans réfléchir, elle avait quitté le palais quand il lui était paru évident que Dan n’y était plus. Il avait été très facile de le retrouver. C’était lui qui donnait les ordres. C’était lui qui organisait l’insurrection. Le traître, c’était lui !
Elle était restée immobile. Elle le regardait programmer la mort des gardes qui avaient été sous ses ordres quelques heures plus tôt. Et elle n’avait pas bougé. Elle n’avait pas pu bouger. Elle n’arrivait pas à y croire. Jusque-là, elle avait encore eu un doute. Plus maintenant.
Et leurs regards s’étaient croisés.
La surprise de Dan à sa vue l’avait fait écoper d’une balle dans l’épaule. Il s’était écroulé de douleur. L’un de ses hommes l’avait repoussé pour le mettre à l’abri.
Elle s’était alors avancée vers lui. Elle serrait son couteau dans ses mains. Des larmes coulaient de ses yeux. Dan l’avait regardée s’approcher. Sans réagir. La main sur son arme. Prêt à la tuer.
A ce moment, les larmes avaient obscurci les yeux de Mirna. Elle avait lâché le couteau. Trop tard. L’homme le plus proche de Dan la visait déjà et appuyait sur la gâchette. Elle se souvenait encore de Dan rabaissant l’arme avec force et s’accroupir au-dessus d’elle. Affolé. Oui. Elle avait cru qu’il s’était inquiété pour elle.
Quand elle s’était réveillée, elle était défigurée et Dan était en prison. Il allait être exécuté pour haute trahison.
À ses souvenirs, elle hésita. Devait-elle faire appel à la garde ? Ce serait si facile. Dan serait attrapé, envoyé en prison et exécuté pour haute trahison. C’était ce qu’il méritait. C’était ce à quoi il avait déjà échappé une fois. Grâce à elle, d’ailleurs.
Elle pourrait certainement l’attraper seule. Ce serait si facile. Dan avait dû perdre l’habitude de se battre. Il n’était plus un garde depuis longtemps. Elle ne lui avait pas vu d’armes non plus. Elle pourrait l’avoir.
Il suffisait qu’elle s’avance…

 

La fin la semaine prochaine...Love_is_like_sand_by_monsterdonut.jpg

 

A noter que "Rustic Fatales" est disponible ICI ainsi que sur toutes les plateformes de vente de romans en ligne.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Nathalie 27/08/2012 11:01

Noooooon ! Tu ne peux pas t'arrêter à un moment pareil et nous laisser attendre pendant UNE SEMAINE !!