L'Etoile du désert_Partie 3 (fin)

Publié le par Sélène Alys

Dan s’en souvenait encore. Il tenait le corps inerte de Mirna entre ses bras. Il craignait qu’elle ait été tuée sur le coup. Heureusement, ce n’était pas le cas. Elle respirait encore.
L’explosion qui avait eu lieu derrière lui lui avait coupé le souffle. Quand il s’était retourné, il avait vu les restes déchiquetés de ceux qui combattaient à ses côtés. Et les gardes désormais trop nombreux pour lui qui s’avançaient. Nombreux et furieux d’avoir été trahi par leur chef.
Il avait dû laisser Mirna derrière lui. Son bras lui faisait affreusement mal, mais il ne pouvait pas se permettre de se faire attraper. Il aurait tout le temps de se soigner plus tard. Peut-être…
Il avait été forcé de se rendre. Il s’était agenouillé et avait mis ses mains sur sa tête. Il s’était attendu à ce qu’on l’exécute sur le champ. Mais les gardes ne l’entendaient pas de cette oreille.
Dan n’avait jamais eu autant honte de lui. Il aurait dû se battre. Il aurait dû mourir au combat.
Mais le souvenir de Mirna, étendue à terre, l’avait tellement troublé qu’il ne savait plus où il en était à ce moment-là. Il aurait tellement voulu qu’elle reste hors de tout ça. Il aurait tellement voulu qu’elle ne sache pas qu’il était au centre de l’insurrection avant que tout soit fini…
Il n’avait jamais pu faire retirer la balle de son épaule. Quand il était parvenu à fuir, il était trop tard. Les chairs s’étaient refermées autour de l’objet et il était impossible de le retirer sans douleur.
-Ne t’ai-je pas dis que tu n’aurais jamais dû revenir ? fit une voix de femme dans son dos.

Son arme braquée sur Dan, Mirna hésitait encore. Il était un traître en fuite. À cause de lui, l’Étoile du Désert vivait dans le chaos. Qui lui en voudrait si elle l’abattait immédiatement ? Qui le lui reprocherait ? Le gouverneur ? Il était le premier concerné par le retour de Dan en ville. Il ne lui dirait rien. Ses hommes ? La plupart d’entre eux étaient là le jour de la Grande Insurrection. Son plus proche ami en était un, et c’était celui qui l’avait portée jusqu’à l’infirmerie cette nuit-là.
Personne ne lui ferait de reproche. Personne ne la jugerait. Il suffisait qu’elle tire…
Des bruits de pas attirèrent leurs attentions à tous les deux. Bientôt, Dan fut entièrement encerclé. De quoi ramener de mauvais souvenirs à la surface…

Dan serra les poings. Il n’était pas resté longtemps dans l’anonymat… Où avait-il commis une erreur ? Impossible de le savoir pour l’instant.
Il pouvait se défendre. Il devait se défendre.
Et fuir à nouveau ? Quitter la ville à pied ? Être poursuivi et retrouvé pas les buggys ? Être une nouvelle fois considéré comme un lâche ?
Non. Il n’était pas un lâche. Il ne voulait pas être considéré comme tel. Pas par Mirna.
Elle le braquait. Elle était prête à le tuer. Son doigt frémissait sur la gâchette. Seule la présence des gardes l’en empêchait.
Et s’il la poussait à tirer ? Et si elle le tuait ? Il ne partirait pas en lâche, alors. Et il pourrait oublier un gâchis vieux de dix ans. En serait-il capable ? N’était-il pas encore le lâche qui avait fui la ville ? Celui qui était fou amoureux de Mirna et qui n’avait pas supporté de la voir entre la vie et la mort ?
*
Comment avait-il fait ça ? Il n’était dans l’Étoile du Désert que depuis deux jours, et il n’était parvenu à ne traverser que des endroits qui lui rappelaient l’Insurrection.
Comme cette prison où Mirna l’avait fait enfermer après que l’un de ses gardes l’ait assommé alors qu’il réfléchissait encore à la marche à suivre.
Son regard erra sur les murs. Il avait passé des mois à les contempler. Des mois pendant lesquels on lui avait fait payer durement sa trahison.
Il suivit du doigt les cicatrices parallèles sur son bras. Ses anciens compagnons d’armes l’avaient torturé pendant si longtemps… Comment imaginer que, de tout ça, ne subsistaient que ces petites cicatrices ?
Il se surprit à penser à Mike. Où était-il ? Que faisait-il ? L’attendait-il toujours ? Avait-il quitté le désert ? Mirna l’avait-elle rattrapé ? Non. Elle l’aurait fait venir ici.
Mike était toujours libre. Et il le resterait. Mirna n’avait rien à lui reprocher. Rien d’autre que la faute d’être arrivé en sa compagnie.
Mirna fit son entrée. Cette fois-ci, elle était seule.
Elle lui montra la petite lucarne qui éclairait sa prison et à travers de laquelle on entendait la pluie crépiter.
– Tu te souviens ? dit-il. Cette nuit-là aussi, il pleuvait.
– La nuit où tu m’as trahie.
– Je ne t’ai pas trahi…
– Manipuler mon cœur pour te rapprocher du gouverneur et l’assassiner, ce n’est pas une trahison, selon toi ?
Dan se dressa pour lui faire face. Il empoigna les barreaux de sa prison et appuya son front contre eux.
– Il fallait qu’il disparaisse, expliqua-t-il. La ville ne pouvait plus vivre sous son ombre.
– Et maintenant, elle vit sous l’ombre de dizaines de gouverneurs successifs. Qu’est-ce que ça a changé, Dan ? Qu’est-ce que cette rébellion a apporté ? Des dizaines de morts, de blessés et d’handicapés. Des familles traumatisées, des veuves, des orphelins. La ville et ses habitants ne se sont encore pas remis de cette nuit. Et l’Étoile est encore pire qu’avant !
Elle plongea ses yeux dans ceux de Dan.
– Ton jugement a été rendu. Le gouverneur a décidé. Tu vas être exécuté. Et cette fois-ci, je ne serais pas aussi naïve qu’il y a dix ans. Je ne t’aiderais pas à sortir de la prison. Je ne t’aiderais pas à fuir la ville. C’est pour ça que je suis là. C’est moi qui vais exécuter la sentence.
Les mains de Dan se crispaient sur les barreaux au fur et à mesure qu’elle parlait. Même s’il s’y attendait, ça faisait un choc.
Et Mirna ne semblait pas avoir la moindre hésitation. Elle allait l’exécuter. Cette fois-ci, il ne pourrait pas s’en sortir.
– Ce sera public ? parvint-il à demander.
– Le gouverneur le voulait. Pour montrer l’exemple à ceux qui voudraient le faire tomber. J’ai réussi à le faire changer d’avis. Les gens ne sauront que le traître de l’Étoile a été exécuté qu’après ta mort.
Elle lui disait cela avec tellement de froideur… Comme si ça ne la concernait pas. Comme si elle ne s’apprêtait pas à tuer un homme qu’elle avait aimé.
Elle se détourna. Dan l’empêcha de partir en lui attrapant le poignet. Il fit glisser sa main dans la sienne, comme ils l’avaient fait si souvent autrefois.
– Je t’aimais, Mirna. Et je t’aime encore. Mais je ne pouvais pas… Le gouverneur allait trop loin. Il fallait l’arrêter. J’étais le mieux placé pour agir. J’ai dû passer par-dessus mon amour pour toi. Ça a été dur, tu sais. Au moment de tirer, j’ai hésité…J’ai failli échouer au dernier moment. Je t’aimais…
– Tu as tiré sur mon père. Tu as laissé l’un de tes hommes me tirer dessus. C’est tout ce que je sais.
Elle se dégagea d’une secousse, disparut un moment puis revint, accompagnée par deux gardes. Ils ouvrirent sa cellule.
– Tu ne me crois pas, affirma Dan pendant qu’on lui attachait les mains dans le dos.
Mieux valait penser à Mirna plutôt qu’à ce qui l’attendait. Il n’avait pas envie de partir en laissant des malentendus derrière lui.
En réponse, Mirna haussa les épaules. Celles de Dan s’affaissèrent. Arriverait-il à la persuader avant d’être …
Elle lui donna une tape sur l’épaule et le fit avancer. Il marcha au centre d’un couloir qu’il avait arpenté maintes fois en tant que garde. Il s’efforça de garder l’air digne. Mirna…
– Pourquoi refuses-tu de me croire ? marmonna-t-il. Crois-tu qu’il n’aurait pas été plus facile pour moi de te tuer à l’époque, plutôt que de te ligoter en sachant qu’il y avait un risque pour que tu te libères ?
Mirna passa un doigt négligent sur sa blessure au visage. Combien de fois s’était-elle dit que, si elle n’avait pas bougé, elle n’aurait pas eu cette cicatrice ?
– Je ne voulais pas te faire de mal. T’attacher était la seule solution que j’avais trouvée sur le coup… Tu étais censée rester dans ta chambre cette nuit-là. Tout aurait dû être fini au moment de ton réveil… Tu n’aurais rien dû voir…
Que pouvait-il lui dire de plus ? Comment lui faire comprendre ?
Le couloir pris fin alors qu’il cherchait d’autres explications.
Mirna ouvrit la porte et le fit entrer dans une petite pièce. Sans décoration, sans ornements, presque sans lumière… Les condamnés n’avaient pas besoin de confort avant de subir leur sentence.
On le fit s’agenouiller au centre de la pièce. L’un des gardes se posta devant la porte, l’autre à son côté. Mirna se plaça derrière lui…

Le visage fermé, elle sortit des appartements du gouverneur du moment. Il avait été très satisfait d’apprendre que Dan avait bien été exécuté. Bientôt, l’Étoile du Désert apprendrait la nouvelle et se réjouirait. Il était le dernier des insurgés à être encore en vie.
Elle rallia sa propre résidence. Elle ferma la porte derrière elle, s’y adossa et se laissa glisser à terre. Elle laissa la nausée qui la tenaillait depuis qu’elle avait appuyé sur la gâchette la rattraper.
Alors, c’était ça que l’on ressentait après s’être débarrassé d‘un vieil ennemi ? Ne devrait-elle pas être satisfaite ? Ne devrait-elle pas être heureuse ? Celui qui avait gâché sa vie était mort.
Pourquoi ne parvenait-elle pas à repousser les larmes qui lui montaient aux yeux ?

La tombe avait été creusée à la va-vite, très profondément pour que le sable sans cesse mouvant ne la mette pas à nue. Sur la pierre étaient gravés ce simple mot :
TRAÎTRE.
– Pourquoi ? marmonna Mirna. Pourquoi ça se passe comme ça ? Je pensais t’oublier. J’espérais qu’avec ta mort, je surmonterais enfin tout ça. Je voulais effacer le passé. Enfin. Mais je n’y arrive pas, Dan. Tu es mort et je suis encore là. À ruminer le passé. À pleurer ta mort. Alors que c’est moi qui ai appuyé sur la gâchette !
Les larmes qu’elle était parvenue à contenir le temps qu’elle traverse la ville refirent surface et coulèrent sur ses joues. Elle s’accroupit devant la tombe.
– Malgré tout… Pendant tout ce temps… Je n’ai jamais cessé de t’aimer. Jamais…
Elle sécha ses larmes du dos de sa main avant de reprendre :
– Tu avais raison, Dan. Tu as toujours eu raison.
Dans sa main brillait l’arme qu’elle avait utilisée pour lui.

Le fossoyeur de l’Étoile du Désert reboucha le deuxième trou qu’il avait dû creuser ce jour-là. C’étaient les gardes qui lui avaient dit de creuser à cet endroit. C’était étrange.
Enterrer côte à côte le commandant de la garde et un traitre…

 

FIN!

 

 

 

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La semaine prochaine, début d'une autre nouvelle ^^

 

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Commenter cet article

Lydia 01/09/2012 20:48

Bonsoir Sélène,

Je viens de lire cette nouvelle qui est très bien. Tu sais que tu es inscrite dans ma communauté "écrivain cherchant réalisateur". As-tu entendu parler des chamboulements qui se préparent sur
"over-blog" ? Il paraît qu'il n'y aura plus de communautés, plus d'albums, plus possibilité de stocker des photos, plus rien en somme. Aussi, par sécurité, j'ai ouvert un blog chez "eklablog" où
j'ai transféré tout ce que contenait mon blog d'OB.

Si cela se réalise, nous serons obligées de nous refaire un autre blog où nous aurons moins de possibilités. Nous saurons très vite à quelle sauce nous serons mangées.

Bises,
Lydia